Mon voilier est parti voir ailleurs – Bel Espoir, spécial “gens”

Le temps sur le Bel Espoir si vite terminé, et maintenant je repasse ces journées parfaîtes toutes différentes les unes des autres dans ma tête, pendant les heures d’autobus, les minutes avant que mes yeux se ferment, pendant que mes pieds envoient voler des roches sur les sentiers des montagnes d’ici, tout le temps. Avant de passer à notre voyage seuls, j’envoie en vrac les photos restantes de mes jours sur le Beau Bateau.

À Madère, l’océan appelle. Jean Paul se demande comment il est possible pour cette île d’être peuplée malgré l’irresistible horison.

À Madère toujours, Sigurd est heureux de monter un peu au dessus du niveau de la mer.

Magnifique, parfaite, plus beau que tous, notre maison préside le port.

Au milieu de l’Atlantique, on fend les vagues et le Zodiaque a peine à lui tenir compagnie

Adorable Ana un jour de barre docile.

Arthur était incroyablement toujours prêt pour ma caméra… ici dans une irrésistible allure de pompier naval, ouais. Vous voulez qu’il vous lave et vous savonne.

Finalement après quelques jours de pratique je pouvais m’asseoir sans stress dans les fourchettes en bois vers le haut du mât, ou j’ai passé de longs moments de parfaît bonheur – levers du soleil perchés là-haut avec Morgane à ne pas dire grand-chose, vers les six heures du matin alors que tout le monde dormait encore, à voir la mer et le ciel s’illuminer tranquillement, à se balancer autour d’un horison prometteur et interminable, apercevoir soudainement une centaine de poissons volants rebondir sur la surface de l’eau, observer les dauphins jouer avec la proue filant dans l’eau à une vitesse folle, regarder les gens faire une chose ou l’autre sans être vu, et bien sentir le mouvement des vagues et la force des voiles juste devant soi. Aussi le seul endroit sur le bateau ou l’on puisse parler sans être entendu, à condition qu’il n’y ait personne dans le mât voisin.

En y montant le soir me voici dans les enfléchures, pendant que le souper est en train de cuire.

Le rouf abrite une quantité incroyable de vaisselle cassable qui, par temps de houle, explose en mille éclats en s’envolant des tables et des étagères, ce qui nous a rationné sévèrement en verres ent en bols pendant la deuxième moitié de la traversée.

La guitare du cuistôt servait en général à des plaisirs solitaires (j’ai même recommencé à jouer, mais l’éternel combat ongles contre éléments a été perdu en faveur des éléments) mais quelques soirées fûrent musicalement mémorables, dont celle là agrémentée de chansons de Brel, Aznavour et Renaud, chantées au couchers du soleil par une douzaine de personnes rassemblées près de la passerelle de pilotage et accompagnées de dauphins en manque d’attention.

Arthur et le capitaine incarnent un tableau sur le thème “mon fils est à l’université et j’en suis fier”. Poulon notre commandant semble être un chaud sujet de controverse sur les bateaux à cause de son caractère explosif, mais moi j’adore et respecte complètement son sens de l’humour et sa personnalité unique, toute proche de nous malgré les éclats de tonnerre. Sigurd l’a surnommé Le Gentil Monstre Marin, et les moments passés dans ses parages, de calme comme de tempête, me manquent beaucoup.

Le bateau ne dort jamais complètement, et les heures de quart nocturnes sur le Bel Espoir étaient définitivement un trésor arraché au brouhaha général du quotidien. Cinq, six personnes sur tout le bateau étaient dans la passerelle à toute heure de la nuit, à coups de trois heures,  à tenir la barre, manoeuvrer, surveiller les instruments et les bateaux qui s’approchent, déchiffrer les constellations, se faire des grignotines scandaleuses (plusieurs gâteaux et beaucoup de kilos de crêpes fûrent faites sous les étoiles!), fumer des clopes et parler parler parler en se faisant bercer par la longue houle sous le vent chaud et la clarté hallucinante de la lune. Ici, Morgan fait un point sur la carte au milieu de l’océan, personne sur le radar!

L’arrivée du jour avait à chaque fois quelque chose de magique, on avait survécu à la nuit, on commençait à bien voir les voiles, le temps, le bateau, on pouvait faire de nouveaux ajustements, et puis l’intimité de la nuit continuait encore pour quelques moments après l’arrivée de la lumière, avant que les masses se lèvent.

Le soleil allume les nuages

Sigurd attend ma prochaine crêpe

On en profite pour poser pour les papparazzis dans le bout dehors

Soudainement, un plan de fuite mal coordonné

Sigurd interrompt la fainéance en lavant un peu de linge.

La meilleure nouvelle par jours de chaleur écrasante était d’entendre l’appel à la manoeuvre d’arrêt – et donc BAIGNADE en plein milieu de l’océan.  Ces arrêts d’une petite heure étaient pleins de rires, et les trente ans et moins faisaient la file pour se faire balancer dans les flots du haut d’un trapèze accroché à une drisse de voile de fortune, amarrée sur le bout d’une vergue bien haute. Les non initiés étaient tous bien nerveux en grimpant sur le bout du bout dehors avec la chose dans les mains! Morgane, lui, avait fait un tour de force en sautant en primeur du haut du mat, provoquant un silence général et braquant sur lui tous nos regards. Le voici exécutant un prodige moindre.

Aura vite fait de sécher le pont chaud

“Le cap, bordel!” est ce qu’on entendait le plus souvent gueuler par tout le monde sous n’importe quel prétexte

Expédition Sac de Couchage (qui pue maintenant d’une odeur inexplicable et inimaginable à cause de l’humidité, de la chaleur, du sel, de la rouille et des pieds)

Un petit tazar était pêché tôt le matin; d’autres trouvailles incluaient thons et daurades énormes, jolis et gouteux. Nous avons aussi dévoré quelques poissons volants vu leur abondance sur le pont.

Jean Paul se balance au dessus de la vorace hélice en changeant une voile

Belle et gentille Brigitte, infirmière de profession, peint notre magnifique navire, prenant une pause des demandes quotidiennes d’extraction de bouts de verre cassé des pieds et des mains de tout le monde. J’aurais pu vous choquer en prenant d’ailleurs une photo de mes pieds (et mains) à l’issue de la traversée – j’aurais pu marcher des kilomètres sur une route en gravier…

Au Cap Vert, on sculpte.

un beau port…

Les Capverdiens sont super chaleureux et on fait la fête toute la nuit, surtout après quatre jours sans alcool depuis Madère!!!

Le lendemain on se repose en faisant une marche dans les plages montagneuses de la côte ouest de l’île.

toujours Morgan. ça a l’air que c’est lui qui a fait les choses les plus photo-worthy!

Ana femme sauvage des cavernes remonte après la pêche (en fait, après s’être fait irrévocablement voler une sandale par une grosse vague)

Gros harpon!

Retour de pêche à la tombée du jour, des disaines de bateaux remontent pleins de monstres marins

Les enfants du monde! Sur cette plage je me suis mise à faire un château de sable, et TROIS (3) enfants sont venus jouer avec moi tout en me parlant portugais… merde j’ai failli m’évanouir de stress mais j’ai fait mine de rien en souriant et en dirigeant mon équipe vers l’élaboration d’un village de sable complet

Au port de Cap Vert, avec le Rara Avis nous sommes les deux seuls voiliers dans la cour des grands (bateaux).

Laia se fait détruire par la quotidienne thalasso – arrosage violent du corps par boyau d’arrosage, ouch! A bas la cellulite

Des globicéphales et des femmes de rêve

Hamac joyeux

Tous les problèmes se resolvent avec un peu de scotch tape.

Marin fatigué près de sa boîte à outils se frottant la tête après avoir lu un chaud bouquin de Vian. Par qui commencer?

Il faut ranger les bouttes qui pendent.

Jean Paul fait ce qu’il faut.

et Aïcha de sa beauté sublime vérifie

Au clair de la lune

Poulon et Dominique occupés avec des dessins animés au lieu de leur partie de Scrabble d’après souper quotidienne

Je recouds, avec Aïcha, la voile de flèche déchirée.

Absolument adorable Vincent fait la vaisselle en poussant des cris d’ane et l’eau mousse toute seule en se faisant regarder de ses verts yeux pétillants. Le plus jeune du bateau est aussi follement fûté, et la marine devrait avoir trop hâte qu’il devienne capitaine.

En ne suivant aucun ordre logique, nous sommes de retour à la randonnée de Madère avec les six hommes qui ne m’ont pas aidée galamment à transporter mes bagages et mon corps jusqu’au sommet : Arthur, Sigurd, Yannick, Solen et Bruno, le groupe de jeunes passagers fort agréable qui, durant des douzaines de bacchanales hilarantes dans divers ports, a bu des milliers de litres d’alcool depuis le départ de Bière, euh je veux dire Brest.

Je vous disais donc qu’Arthur est toujours à l’affut de ma lentille.

Alex and cat. Le chat était pouilleux mais pour les besoins de la photo cute Alex en fait abstraction, ou peut être je lui ai expliqué la situation après avoir eu ce que je voulais.

Alex élegamment assis aux sommets de Funchal en train de siroter une bière le foulard au cou, en composant des Alexandrins.

Funchal

Sigurd effrayé par la grosse ville

Pour finir une photo en exclusivité de la fameuse soirée de noel ou tout a commencé… comme on dit, aux racines de l’amitié!

Je veux juste retourner sur le bateau, là ou j’étais heureuse sans question, je veux ne pas toucher terre si vite, je veux ne voir que l’océan pendant des semaines, je veux des tempêtes, des clopes la nuit, je veux des dauphins des voiles des casseroles qui se balancent, je veux des intrigues des accolades et des rires, je veux de la corde, des ports des pavillons, je veux le bruit du bois qui travaille dans ma cabine, je veux entendre le clinquement régulier de la bringueballe, je veux trier des patates et les éplucher dans la mer, je veux suspendre mon linge à sécher aux bômes, je veux entendre le claquement des voiles qui prennent dans le vent en se faisant hisser, ramener de grands coups de barre le cap dérapé par une grosse vague, jongler avec mon bol pour y garder ma soupe, marcher pieds nus sur le bois chaud du pont qui se balance, prendre une vague dans la face, être au bon endroit au bon moment et savoir quoi faire, donner de l’amour au bateau à coups de fil, de graisse, de pompe, de clé à molette, et puis je veux être encore avec tous eux, la fuyante Aïcha et sa beauté mystérieuse, l’étincelant Vincent, le détendu Paul et sa gentillesse sincère, Morgan complètement enfantin mais aux magnétiques profondeurs sombres, le trésor Bruno aux mille histoires drôles, fascinant, fou et passionné Solen, généreux Yannick, douce Charlène, adorable Ana, et d’autres, tous plus incroyables les uns que les autres… et après il y a le départ d’Alex, et tout est passé trop vite.

Notre voyage seuls démarre lentement avec une semaine à Buenos Aires et une autre dans les montagnes Patagoniennes et c’est tellement beau que demain je vais essayer de vous faire voir les photos; mais nous attendons d’être vraiment dépaysés, enfin je raconterai demain car j’ai envie de penser au bateau cette nuit.

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