La Paz

Nous nous la sommes coulés douce à La Paz. Un petit repos des auberges de jeunesse, des nuits en tente et de CouchSurfing. Un mois de paix dans notre propre petit appartement juché sur le toit d’un bloc en plein centre ville, dans la rue des coiffeurs. D’ici nous entendons les claxons lointains des minibus, l’explosion des pétards des grévistes qui défilent sur la rue principale un jour sur deux, toujours les mêmes chansons boliviennes que la radio locale diffuse sur un mégaphone à tous les matins à qui veut l’entendre. Le soir nous ouvrons la fenêtre et observons, par dessus des toits en tôle, les lumières du centre ville.

Notre petite maison a été un lieu de rassemblement pour les amis que nous nous sommes faits par ci et par là, nous avons cuisiné des soupers, bu du rhum en discutant pendant des heures de politique britannique, regardé plein de films qui passent à toute heure du jour sur la télé câble, et d’autres que nous avons acheté à moins d’un dollar dans les rues toujours remplies d’odeurs de bouffe et de vendeurs de n’importe quoi juste en dessous de chez nous.

En sortant de chez nous, nous devons tisser avec assurance dans la file interminable d’autobus, de minibus et de taxis pour acheter nos petits pains du matin chez l’une des dames qui amènent leurs gros sacs tout remplis au coin de la Plaza San Francisco. En revenant, nous nous faisons interpeller plusieurs fois par les invitations de nous faire couper la tignasse (ce qu’on a finalement fait tous les deux, pour la modique somme de deux dollars).

Nous avons perdu le souffle en escaladant les rues pentues garnies de boliviennes écrasées sur les trottoirs au milieu de leur marchandise – foetus de lama, camomille, rallonges électriques, chocolats, fruits, bijoux. Nous avons arpenté les pavés gorgés de légumes, négociant notre souper à coups de petites pièces de monnaie contre des sacs en plastique suspendus à une balance de poche – aubergines, zucchini, citrouille, tomates, énormes bouquets de persil…  “Que va a llevar?” – qu’allez vous emporter – nous suivait partout, gentiment, alors que nous decouvrions les prix exhorbitants du beurre et du Philadelphia.

Il faut être bien respectueux et bien poli ici si on veut gagner la bienveillance des gens – débutants, nous nous sommes fait chasser durant notre achat de tomates pour ne pas avoir fait assez de salutations.

Nous nous sommes rafraîchis partout en ville avec des jus d’agrumes frais pressés par les monsieurs accotés à leur petit chariot de fruits couvert de longues pelures.

Nous nous sommes entassés dans des minivans défilant les rues dans le vacarme des crieurs qui pourchassent de potentiels passagers – une musique fascinante dans des endroits de grand traffic!

Nous avons lavé notre linge à la main sur notre terrasse ensoleillée. Nous nous sommes électrocutés quelques fois par notre douche électrique un peu mal faite, comme tellement de choses ici en Bolivie. Un peu mal fait, mais un bel effort qui appelle à la sympathie!

Pour souligner notre dernière nuit à La Paz, je vais lancer en l’air quelques photos d’ici:

La vue de l’une de nos trois fenêtres

Notre appart

À trentes minutes de transport en commun du centre ville, il y a la vallée des Esprits (on pense que c’est celle-là)

La Paz se voit au loin

Nous sommes tout petits parmi les rochers

Silhouettes

terrifiantes

personne autour

il y a des quartiers de la ville (plus aisés) qui sont éparpillés au pied de telles falaises

Le dimanche, plus que les autres jours, c’est jour de marché. Nous prenons un petit bus qui nous amène à El Alto, une banlieue avec une vue spectaculaire de La Paz au fond de la marmite, avec le plus grand marché au monde – la marchandise s’étale sur des kilomètres carrés de terre battue.

On peut toujours y retrouver les fameux jus de fruits à quelques sous

Les endroits pour casser la croûte sont éparpillés partout parmi les montagnes de vêtements, de pièces d’auto, de casseroles, de pommes de terre

Une femme vend du miel qui vient d’être fait par ses abeilles portatives

magasinage de vêtements pour les petits, dont l’un confortablement installé dans l’aguayo de la dame – les châles colorés en laine utilisés comme sac à dos, nappe, porte-enfants…

La serveuse se marre bien après que sigurd ait confondu le banc avec la table, s’asseyant bruyamment sur la planche déposée sur deux bidons…

Classique air fier et indigné des boliviennes cholas, qui constituent la majorité des femmes ici. Elles portent encore le costume traditionnel très élaboré du temps colonial, avec quelques modifications. À la librairie j’ai même vu un livre expliquant les subtilités de cette garderobe.

Magasinage au marché – il faut arborer un air mécontent

Des tabliers en vente!

nous ne nous sommes pas risqués d’essayés le DisneyLand dans le quartier des casseroles. D’ailleurs il ne se voit pas beaucoup de clients…

Une petite glace!

ruelle

l’un des milliers de minibus qui arpentent la ville. Nous n’avons pas vu une seule auto privée depuis notre arrivée, et on peut toujours arrêter de la main le bus passant derrière son dos pour se faire embarquer à n’importe quelle destination.

Une des rares journées chaudes de cet automne bien frisquet

À tous les dimanches une étrange attraction est le combat de lutte des cholitas – touristes et locaux se réunissent dans cet hangar pour assister à cette violence bien huilée et assez ridicule. Les touristes, bien sur, paient dix fois le prix!

Ça virevolte de jupes dans le ring

whoup! les jupons

on reconnait le drame des teleromans mexicains dans la ferveur de ces dames

Bien sûr, après quelques jours, nous sommes allés explorer la nightlife Pacénienne. Le petit bar trou en face de chez nous est toujours plein à craquer – une ambiance bruyante et enfumée, des hommes installés autour de quelques bières autour de petites tables carrées, un jukebox tournant sans répit des chansons traditionnelles accompagnées à la flute de pan et tout le tralala.

Nick essaie de choisir une chanson au hasard, aidé d’un voisin. Il a adoré sa chanson

après quelques minutes et quelques bières, deux boliviens se joignent à nous. Nous sommes les seuls étrangers au bar, et nous sommes glorieusement accueillis. Nos deux nouveaux amis nous souhaitent la bienvenue au pays et font un effort considérable pour nous communiquer leur amitié et leur désir de nous intégrer à leur culture. On se fait même demander si on aime la cocaine! L’un d’eux est trop bourré, mais l’autre est vraiment poli, gentil, amical et intelligent. Nous sentons déjà à ce moment que ce soir, ça va être n’importe quoi!

ouuuu c’est bon la petite bière

Jean et moi sommes crampés. Ils sont tellement drôles ces boliviens bourrés.

On se fait courtoisement peindre les ongles pour une raison inconnue

Carlos (?) est un danseur hors pair et il tient absolument à m’enseigner les danses traditionnelles (compliquées!) alors que je suis chaussées de bottes d’escalade de glace qui me donne la grâce de Robocop

Sérieusement insulté par l’incorrecte manière dont nous (je) exécutons la danse ce monsieur indigné se lève et cherche la bagarre! C’est comme ça qu’on danse ça, qu’il dit, et se met à taper du pied avec encore plus d’ardeur que les autres

Après ça, les esprits s’échauffent, tout le monde est sur le plancher en train de taper du pied et de faire des pirouettes vraiment compliquées (tous des hommes!) et moi je me fais arracher de main à autre…

Je demande pitié à la seule dame du bar, qui s’amuse bien de la situation, et la prie de me montrer ce que la femme doit faire dans tout ce tralala. Fut fut fut, flûte de pan.

C’est un peu injuste car elle l’a pas mal plus facile – pas de bottes de Robocop et une grosse jupe qui fait que tu peux ben faire n’importe quoi!

À la fin de la soirée tout le monde du bar nous aura souhaité la bienvenue en Bolivie, je me fais appeler Blanche Neige pour ma beauté et tout le bar chante joyeux anniversaire à la mère de Sigurd qui dort paisiblement en Norvège le matin de ses 54 ans… n’importe quoi!

Finalement on nous dit de faire attention avant de sortir car une gang armée de vingt personnes a été appelée pour nous kidnapper, ce qui est évidemment la suite du n’importe quoi.

Nous quittons donc La Paz reposés, la tête pleine de projets – le Pérou d’abord, puis le Pacifique à voile, puis le printemps et l’été à travailler en Nouvelle Zélande tout en découvrant ses magnifiques paysages à ski, à pied et en vélo, puis l’Asie à deux roues, puis l’Inde, l’Himalaya et…

l’aventure continue!!!

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