N’importe quoi, Chapitre 38 : Marina et les grands mammifères à sabot unique

Bonjour tout le monde. J’ai enfin, de peine et de misère, arraché à mes maîtres quelques heures pour prendre une bouffée fraîche d’internet et vous relater mes premières aventures hippiques. Il y a certainement beaucoup à dire et je suis encore sous le choc de la fin brutale et inattendue de ma liberté, mais j’espère que je vais survivre encore quelques semaines pour vous raconter le prochain épisode.

Je suis donc arrivée ici à Windsor (à une heure de train de Sydney) le jour du Poisson d’Avril après l’habituelle bévue de billets d’avion  ou j’ai réservé mon vol pour le 31 mars sans vraiment le savoir. Je me suis retrouvée seule dans un avion, laissant derrière quatre choses extraordinaires : Sigurd, Melbourne, ma job de pêcheuse et Sam. Bonne décision? Je sais pas! Mais voici la situation.

J’habite dans l’espèce de mini appartement aménagé dans l’étable. Ma chambre est un peu Anne aux pignons verts, vert pâle et blanc, avec un petit lit, un petit sofa à carreaux, une timide table en bois, un tapis beige et une petite souris invisible comme coloc. À tous les matins je me lève à six heures (ceux qui me connaissent bien savent l’effort que ça me demande) et commence ma journée de Karaté Kid version équestre. Jusqu’à maintenant, je n’ai pas eu de journées de moins de douze heures de travail mais comme j’ai pété une crise d’hystérie hier on essaiera désormais de me donner quatre heures de repos dans les après midi pour réduire la charge à neuf heures. J’essaie donc présentement de prendre ma pause avec calme malgré tous les trucs qui sont en train de se passer qui exigeraient idéalement mon aide. Apparemment la fille allemande qui était ici avant moi avait aucun problème avec ce régime (sans congés) mais j’ai un peu du mal à y croire, à moins qu’elle soit a) conne b) sainte c) faite en métal avec un cerveau bionique d) vraiment possédée par les chevaux.

Donc à six heures je me lève et à six heures et demie je commence à ramasser des crottes de cheval dans l’étable et ensuite dans les enclos extérieurs.

Ici c’est vraiment super beau, leur terrain a une centaine d’hectares et le soleil du matin filtre joliment dans les eucalyptus et l’herbe blanche de rosée. Voici de quoi ça a l’air de ma véranda:

Donc le ramassage desdites crottes est en général associé à une très jolie promenade pleine de fraîcheur du matin. C’est par contre incroyable qu’un cheval génère par jour une brouette pleine de crottes excusez mon langage. Les huit chevaux de Marc et Debbie et les quatre chevaux à l’école ici  ont ensuite besoin de plein de foin, de plein d’eau et d’un seau rempli d’une recette compliquée composée d’orge, d’avoine, de foin moulu et d’une douzaine de sels et minéraux dosés à la cuillère à table. Une fois tout ça terminé nous sommes rendus à neuf heures. Après avoir balayé l’étable, mis sur chaque tête de cheval des filets antimouches et relâché les animaux pour qu’ils courent un peu partout, c’est le temps des tâches diverses généralement reliées à l’emploi de la fourche et/ou de la brouette. C’est le temps des camions pleins de foin, du ramassage/transport de XYZ de A à B, des clients divers et des réparations.

Marc est aussi maréchal ferrant, ce qui veut dire un gars qui installe les fers à cheval. Ferrer un cheval est une procédure à quatre étapes x quatre pieds qui est rendue beaucoup plus facile par l’assistance de quelqu’un avec les différents outils. Nous ferrons des chevaux ici ou à l’extérieur presqu’à tous les jours et je suis la fille à qui on dit “scalpel”.

 

Fers fers fers.

 

 

Une fois l’après midi terminé on répète toute la procédure du matin pour le repas du soir, et ensuite Marc et Debbie sortent chacun un ou deux chevaux pour une heure d’entraînement. Maintenant, laissez moi vous dire que l’entraînement c’est du sérieux dressage. Marc et Debbie sont vraiment intenses et ont fait plein de compétitions pro de dressage, de saut à cheval et même de lasso, et c’est pas comme s’ils utilisaient leurs animaux pour aller galoper dans les prés le vent dans les cheveux. Leurs chevaux doivent avoir une belle démarche rythmée et posée, pleine d’impulsion et mais en même temps de contrôle et d’équilibre. Quand le cheval s’arrête il faut que ses pieds soient alignés et que sa tête soit droite. Il y a un million de trucs à surveiller, beaucoup comme en gymnastique. C’est assez fascinant de les regarder travailler : ils ont une méthode très élaborée qui inclut une grande partie de travail au sol avec le cheval au bout d’une longe d’une dizaine de mètres. Les chevaux répondent très finement aux commandes et leur vitesse, leur direction, leur posture et leur comportement en général peut être contrôlés d’un mot ou deux et d’une couple de gestes subtils.

Quant à moi, comme complète débutante, j’apprends encore à simplement être près des chevaux, les attraper et leur mettre leur harnais, faire leur toilette, les promener et les flatter, ce qui n’est pas du tout aussi évident que ça puisse paraître.

Quant à la toilette, attention. Avant de sortir un cheval, on lui brosse le corps avec une brosse souple, la crinière et la queue avec un peigne, on leur lave un peu le visage, on gratte sous leurs pieds, on leur peint les sabots d’un revitalisant à cuticules, on leur met des jambières, ensuite la selle, les rennes et voilà vingt minutes plus tard il peut faire son premier pas.

J’apprends à faire tout ça au cours de mes journées, je développe ma force physique en roulant ma barouette et en agitant du râteau puis je suis censée avoir des leçons sur le sol cette semaine et peut être dans une semaine ou deux je pourrais enfin monter. Il y a aussi des cliniques que Marc et Debbie organisent sur les différents aspects de l’art équestre, Pilates, le ferrage etc etc, et je peux aussi assister aux cours que les gens viennent prendre ici. Donc comme vous voyez c’est très Mr Myagi comme apprentissage et Daniel San n’est pas fait aussi fort qu’il pensait mais on verra ce qui arrive dans les prochaines semaines.

Mais bon. En bref, j’ai déjà appris que si tu veux un cheval, t’as besoin d’un terrain, d’une étable, d’un tracteur, de plein de brouettes et d’outils, d’un cheval, de foin, grains et sels minéraux, de peignes, selles, pantalons spéciaux ajustés avec entrejambe de cuire, bottes hautes à semelle plates, lunettes de soleil spéciales polarisées, gants spéciaux, longes, fouets de différentes dimensions, produits pour les moustiques, les mouches, shampoings, revitalisants, traîtement pour les sabots, sabots, masques à mouches, manteaux pour cheval, traîtement contre les tiques et les vers, pansements pour cheval, bottes pour cheval, et ceci est probablement juste 20% de ce dont t’as besoin sans compter les cours, les certificats, le vétérinaire et le temps pour en prendre soi et les entraîner au moins quelques fois par semaine. Faque bonne chance.

Trêve de racontars, voici quelques photos matinales:

La vue de ma véranda (je me fais réveiller à tous les matin par le chant de centaines d’oiseaux, comme il se doit)

 

le très joli chapeau de Marc

 

 

Le foin du matin

 

 

Le dos d’Alf, le doyen de l’étable avec ses trente deux ans, son mauvais oeil et son caractère placide, mais le gars peut encore se comporter très dignement!

 

 

Ils sont tous très très beaux et belles, et je suis choquée de constater à quel point un cheval à côté de toi te domine complètement, il faut lever le bras pour lui flatter la fesse et leur cou est juste interminable dans le ciel.

 

 

Ice, la jeune sang chaud qui n’a jamais encore été sellée, me donne un fantastique fil à retordre. Son caractère fier et sensible combiné à sa jeunesse sauvage la rend très difficile à contrôler et avoir réussi à l’attraper, en lui parlant et en lui tirant la crinière de toutes mes forces pour la faire s’arrêter, était un beau triomphe pour moi.

 

 

un des magnifiques eucalyptus blancs qui poussent ici

 

 

une des fantastiques juments d’Annerique, une Néerlandaise trop gentille et vraiment svelte qui vient s’entraîner ici à tous les jours en nous apportant un café.

 

À l’orée du bois

 

 

Top gear

 

 

Toujours ma véranda

 

 

l’étable prête à recevoir son mangeur de foin et de sels minéraux attitré

 

 

le rateau prend une pause sur sa montagne de foin

 

 

Une souris paniquée de ne plus pouvoir sortir du tonneau de la tentation

 

 

Pots et onguents sur fond de foin

 

 

Les deux brouettes sont étiquetées “Hay” et “Poo”

 

 

Ah ma ptite barouette à fumieeeeeeeer, comme chantait le bon vieux François Pérusse…

Pour ceux qui ne connaissent pas, pour votre divertissement voici les paroles de ce chef-d’oeuvre:

Ma Barouette à Fumier

J’avais une belle ‘tite barouette à fumier
Tout l’monde dans l’rang était jaloux d’ma belle ‘tite barouette à fumier
Une fois, j’traversais l’rang avec ma belle ‘tite barouette à fumier
Ben pleine de fumier

Pis v’la-ti pas un énervé d’la ville
Qu’arrive avec sa grosse décapotée
Y rentre drette dans ma belle ‘tite barouette à fumier
Ma belle ‘tite barouette à fumier est allée revoler dans l’ravin
Y m’restait rien qu’les deux poignées dans’ mains

Pis l’torieux d’énervé d’la ville est parti avec mon voyage de fumier
Su’ son siège d’en arrière
Pis la roue d’ma ‘tite barouette à fumier, est fausse
Pis moé avec, écoute ben ça

Oh, ma p’tite barouette à fumier

 

 

Mon unique autoportrait vraiment weird (j’espère avoir plus de photos des gens et de moi dans la prochaine édition mais là je fais juste arriver)

 

 

et pour finir, un exemple de travail au sol.

 

 

Donc, la conclusion pour l’instant : ehm, vraiment beaucoup de travail et je m’ennuie de Melbourne et de ses trams et ses bières et ses cafés et ses plages et son port et ses rues et Sam et mon bateau de pêche et surtout de Sigurd et de ne pas être seule, et en même temps la promesse d’en apprendre vraiment beaucoup me laisse espérer de m’adapter, donc je vais attendre et voir et essayer de tout digérer du mieux que je peux.

Voilà, le foin m’appelle :)

J’accueille avec plaisir et émotion toute manifestations d’amour :o)

 

 

6 Comments

  1. Ça bloggue mou en ce moment… Vous êtes tout excusés, ça doit être les retrouvailles avec l’esclavage !
    Bon courage !
    Et sinon merci pour toute votre extraordinaire aventure relatée et que j’ai suivie jusqu’ici ;)
    Manu.

  2. Salut Marina!
    Je suis ton blog depuis environ 2 ans, quand ma connection internet marche ;)
    Tes deconvenues avec les machines a produire du crottin m’ont bien fait rire!
    J’adore les chevaux et j’ai fait de l’equitation pendant plusieurs annees. J’ai du mal a faire comprendre aux non-cavaliers que l’equitation, c’est 1 heure a faire le box de ta monture (on enleve la paille ‘usagee’ et le crottin et on les remplace par de la paille fraiche), avec brouette et fourche, et ensuite a panser ta monture, 1 heure d’equitation, puis 1 heure a repanser/doucher ta monture et lui graisser les sabots si elle la permission d’aller au paddock pour le restant de la journee. Sans compter le soin des selles, brides etc. Et si jamais ils se soulagent entre l’ecurie et la carriere ou le menage… il te faut les ‘parker’ quelque part et nettoyer! Juste comme des gosses a qui on doit changer les couches plusieurs fois par jour, sauf que les chevaux ne ‘grandissent’ jamais!

    Sinon, tu as reussi a monter?

    Bravo pour les photos comme toujours!

  3. he oui c’etait pas facile! j’ai monte un peu finalement mais je crois que lles gens a l’endroit ou j’etais profitait un peu des wwoofers pour avoir plein de temps pour monter eux meme sans avoir a faire toutes ces choses! j’ai pas ete vraiment vraiment chanceuse car je pourrais pas dire que ca a vraiment clique avec mes hotes, mais j’adore vraiment la sensation d’etre sur un cheval! c’est tres vivant et c’est fou de ressentir une interaction corps a corps, ou oeil a oeil, sans avoir a parler. J’espere un jour ravoir la chance den apprendre plus, c’est certain. On verra si l’Asie centrale nous offrira la chance de faire un peu de cheval dans les steppes!:)

  4. Ca m’etonne pas… J’ai connu plein de filles qui ont travaille comme lad(ette?)s parce qu’elles adoraient les chevaux, dans des centres equestres ou dans des ecuries de course, et elles se faisaient un peu beaucoup exploiter. D’autant plus que c’est en general des boulots logee nourrie… Et si tu es dans les chevaux de course, il y en a pas mal qui sont envoyes a l’abattoir (non non, la plupart des francais ne mangent pas de viande de cheval, mais en revanche les boites de nourriture pour chiens et chats…) parce qu’ils ne courent pas assez vite, ou qui se blessent en course et sont abattus…
    Le cheval d’Annerique, c’est soit un cheval ‘belle-face’, soit un cheval ‘qui boit dans son blanc’ (si ses levres sont blanches aussi).
    J’espere moi aussi que tu auras l’occasion de refaire du cheval en Asie Centrale! Ah, Tarass Boulba, Michel Strogoff… J’ai eu une tante bachkire, elle avait vraiment un physique de cavalier, avec des bras longs et muscles!
    A +!

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