Printemps à Montréal : un phénomène.

Dimanche passé, on est allés faire du ski. Montréal était couverte de difformes masses de glace salée et poivrée de petites roches, et d’une bonne couche de slush brune. Je me rappelle qu’il y a aussi eu il y a moins de dix jours une passable tempête de neige, telle qu’on ne s’entendait plus marcher. Mon vélo a horriblement souffert, blotti sous notre escalier en colimaçon extérieur: sa chaîne a rouillé, il a commencé à grincer de partout et mon choix de vitesses s’est réduit à deux.

Mais aujourd’hui, soudainement, Montréal s’est réveillée. Ce matin, j’étais fébrile d’amener Sigurd à Outremont, sur St-Viateur, aller chercher des bagels chauds qui sortent du four. Les constellations de petites roches à traction supérieure sont innofensives sous nos pieds, éparpillées sur l’asphalte sèche et chaude, inutiles. Ça sent la terre. C’est dimanche – l’occasion parfaite pour sortir le vélo en carbone pour la première fois de l’année. Rue Bernard est pleine de lycra. De fenêtres grandes ouvertes, de tables sorties sur les trottoirs, de manteaux accrochés aux dossiers de chaise, de ventes de garage impromptues par terre à des coins de rue, de monsieurs juifs à l’air très occupé vêtus de plusieurs couches de vêtements longs, de conversations tombant des déjeuners sur les balcons de duplex, d’autos aux vitres baissées déversant de la musique sur nous, les heureux piétons du printemps.

Je suis allée, accompagnée de Sigurd pour une partie de la journée, retrouver mon endroit préféré à Montréal, ou le fleuve rencontre le canal sur une belle langue de parc qui se jette dans l’eau. J’ai trouvé ça en examinant une carte de Montréal en attendant le métro il y a quelques années, et je me rappelle de ma surprise initiale en arrivant ici comme si c’était hier.

Le canal est encore complètement gelé, et des blocs de glace défilent rapidement dans le Saint-Laurent, de l’autre côté.

 

 

arrivés au bout de la terre, on se sent ici presque comme au bord de l’océan à regarder dans les antres du fleuve

 

C’est populaire aujourd’hui.

 

 

Sigurd s’installe

 

 

Nous nous laissons fondre en silence sur un banc, et autour de nous va et vient une incessante panoplie de personnes. Des bébés tout petits portés amoureusement par des papas sur des couvertures en polar, une famille de mexicains très drôle, un asiatique en patins à roues alignées, des fillettes Françaises appelées Delphine et Ophélie, des couples dans la cinquantaine habillés de vêtements “plein air” flambant neufs venus en vélos de montagne, de belles jeunes filles solitaires enfourchant leur carbone, des papies, des Africains, des skateux. J’ai amené une salade verte, du strudel d’Outremont, mon jeu Syrien de backgammon en marquetterie hallucinante, du Cohen, un livre reconnu qui bitche l’aide internationale, ma pipe Blatter, mon cahier français et ma plume de français, de la musique, une petite caméra.

 

 

Par là, ça fond. Évidemment Ophélie et Delphine demandent à leur maman si elles peuvent se baigner.

 

 

La langue de parc rétrécit toujours plus – de rue à piste cyclable à petit bout de sentier boueux.

 

 

Pour Sam, l’arbre, plein de bourgeons prêts.

 

 

C’est parti, Chantal. Étendue seule sur l’herbe de l’an passé, je me fais chauffer doucement par le soleil et il n’y a pas de vent, et les ombres sont longues, et des oiseaux gueulent partout, et l’encre de la plume à Mathieu, polie de son écriture pendant des années, aime les soyeuses feuilles épaisses Claire Fontaine, et il y a toutes sortes de musique qui joue et c’est infiniment décadent.

 

 

Je n’ai jamais vu ces oiseaux avant

 

 

Ni celui ci

 

 

Un gars fait même de la pêche à mouche dans ma face. J’ai toujours voulu voir quelqu’un faire ça devant moi. C’est beau…

 

 

Les petits rouges semblaient avoir envahi l’endroit et s’échangeaient des dialogues qui sonnaient comme un fax.

 

 

 

ils se gonflent le pouet en chantant

 

 

je reprends la piste cyclable au lieu de la rue St-Patrick pour revenir car il n’y a plus trop d’achalandage, et je retrouve, fascinée, ce coin de Montréal, les vieilles fabriques, l’écho qu’elles font, la vieille brique dans le soleil de fin de journée,  les écluses, la ligne de train.

 

 

Je suis même gâtée avec le train du CN qui nous bloque le passage pendant un bon dix minutes.

 

 

 

 

 

 

 

Je t’aime Montréal.

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